Alors que la Suisse vise une production solaire annuelle de 34 TWh d’ici 2050 (contre environ 5 TWh en 2023), l’agrivoltaïsme émerge comme une piste prometteuse pour concilier transition énergétique et préservation des terres agricoles. Mais dans la réalité, cette solution innovante reste très peu développée chez nous. Pourquoi un tel retard, et que faire pour y remédier ?

⚡ Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme ?

L’agrivoltaïsme consiste à installer des panneaux photovoltaïques au-dessus ou entre les cultures, permettant ainsi un double usage des sols : production agricole + production d’électricité. Contrairement aux installations classiques sur les toits ou dans les zones industrielles, cette approche vise à valoriser les surfaces agricoles sans les artificialiser.

Les avantages :

  • Optimisation de l’utilisation foncière
  • Protection des cultures contre les aléas climatiques (grêle, sécheresse, etc.)
  • Revenus complémentaires pour les agriculteurs
  • Production locale et renouvelable

📊 Le potentiel technique : des chiffres parlants

  • Surface agricole utile en Suisse : ~1 million d’hectares
  • Si 1 % de cette surface est utilisée pour des installations agrivoltaïques, cela représente :
    • 100 km² de panneaux
    • Une production estimée entre 5 et 7 TWh par an
    • Soit la consommation électrique de près d’1 million de ménages

En d’autres termes, l’agrivoltaïsme pourrait couvrir jusqu’à 15–20 % de l’objectif solaire 2050 si bien déployé.

🧱 Des barrières qui freinent l’essor

📍 Un cadre réglementaire inadapté

Le principal obstacle reste la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT) : les zones agricoles ne peuvent pas accueillir d’installations énergétiques sans exception motivée. Chaque projet doit donc passer par une procédure d’autorisation lourde, incertaine et très variable selon les cantons.

💰 Des conditions économiques peu incitatives

Même lorsque les autorisations sont obtenues, les projets restent difficilement rentables :

  • TVA sur la vente d’électricité
  • Redevances de réseau
  • Aucune fiscalité différenciée pour les agriculteurs-producteurs
  • Complexité des modèles d’autoconsommation collective

🔬 Des initiatives locales encourageantes

Malgré ce cadre peu favorable, quelques projets pilotes émergent :

  • EPFL + Agroscope testent l’impact des panneaux solaires sur différentes cultures (projet 2023–2025)
  • En Valais, une coopérative énergétique installe des structures sur des vignes et pâturages d’altitude
  • En Argovie, une serre équipée de panneaux semi-transparents a permis de réduire l’évapotranspiration de 25 % tout en maintenant les rendements

Ces expériences montrent que la viabilité technique est réelle, mais qu’un soutien institutionnel est indispensable pour passer à l’échelle.

🚀 Comment débloquer le potentiel ?

Pour que l’agrivoltaïsme devienne un levier de transition énergétique, il faut :

  1. Clarifier le cadre légal au niveau fédéral
  2. Créer des incitations économiques ciblées (tarif de rachat, appels d’offres spécifiques)
  3. Soutenir les projets pilotes à travers des subventions (Pronovo, cantons)
  4. Faciliter les montages en tiers-investissement pour les agriculteurs

🎯 Conclusion

L’agrivoltaïsme représente une solution d’avenir pour une Suisse plus autonome, plus verte, et plus résiliente. Mais son développement reste freiné par un cadre réglementaire inadapté et un manque de vision stratégique.

Avec une volonté politique claire et des mécanismes de soutien ciblés, la Suisse peut faire de l’agrivoltaïsme un pilier de sa transition énergétique tout en renforçant son agriculture.